Les transposons
sont des éléments d'ADN qui peuvent se déplacer d'un endroit
à un autre sur un même brin d'ADN ou sur un autre brin.
Pour faire de la transposition, aussi appelée recombinaison,
un transposon a besoin d'enzymes spéciales telles une intégrase
ou une transposase . C'est habituellement
le transposon lui-même qui code pour ces protéines.
Deux types de
transposition.
- Transposition conservatrice : Une séquence
d'ADN est transférée d'un site à un autre, entre un site
donneur et un site accepteur
- Transposition réplicative : l'élément
transposable est transféré d'un site à un autre, tout
en restant au site original. Cela conduit à une augmentation
du nombre de copies de l'élément transposable.
Selon les éléments transposables,
un mode ou l'autre, ou les deux seront employés.
Une variante de la transposition
appelée rétro transposition est toujours réplicative car
l'élément transposable n'est pas transféré en tant que tel,
mais simplement copié.
A l'endroit d'insertion
(cible, site accepteur), une courte séquence de 4 à 12 pb
est dupliquée et encadre l'élément transposable. Ces deux
séquences forment une répétition directe 5' - 3' et constituent
une marque de reconnaissance de la transposition.
Certains éléments transposables
s'insèrent préférentiellement à un locus du génome, d'autres
sont plus généralistes et s'insèrent sur un chromosome particulier
ou encore sur n'importe quel chromosome. Cela dépend de
l'élément transposable lui même.
Trois types
d'éléments transposables
Les transposons sont classés
d'après leur mode de transposition.
- Les transposons de type I se déplacent
sur un mode " copier coller " en passant par
l'intermédiaire d'un ARN. Leur transposition nécessite
une réverse transcriptase qui est souvent codée par une
phase ouverte de lecture incluse dans le transposon.
- Les transposons de type II se déplacent selon un mode " couper
coller " sans passer sous forme ARN. Ils restent
sous forme d'ADN et codent la transposase nécessaire à
leur transposition.
Enfin on a mis récemment
des éléments transposables dont on ignore le mode de transposition
: miniature insertional transpositions elements ou MITEs
(transposons de type III XE "transposons de type III"
) dans les génomes d'Oryza sativa (105
éléments qui représentent 6%du génome) et Caenorhabditis
elegans. Ils ont des extrémités inversées répétées de
15 bp séparées par 400bp, insuffisante pour coder une protéine.
Ces éléments sont également présents chez l'homme le xénope
, le pommier...
Transposons
de type II
Les plus simples sont
les séquences d'insertions (IS) :éléments transposables
d'une longueur de 700 à 2500 pb. leurs extrémités sont constituées
de séquences courtes répétées inversées. Ils contiennent
2 cadres de lecture ouverts (Ins A et Ins B) codant pour
une ou deux formes de la transposase. Ainsi, les séquences
d'insertions ne contiennent que les éléments nécessaires
à la transposition.
Les autres transposons
peuvent être flanqués par des séquences d'insertions ou
des séquences inversées répétées (ITR inverted terminal
repeats). Leur longueur varie de 2500 à 7000 pb. On les
retrouve souvent en tant que familles de séquences répétées
à travers le génome, car il existe de légères différences
entre les séquences traduisant l'ancienneté de leur production
et de leur divergence. En plus de la transposase, ils contiennent
des gènes autres que ceux liés à la transposition. Certains
transposons de la bactérie contiennent des gènes de résistance
aux antibiotiques. D'autre part, plusieurs bactériophages
sont en fait des transposons (Le bactériophage Mu est un
grand transposon de 38'000 pb comprenant des protéines de
structure nécessaires à l'encapsulation de l'ADN.) Chez
la drosophile on voit depuis une quarantaine d'années les
souches envahies par l'élément P

Figure 7- 13. Modèle
de transposon de type II.

Figure 7- 14. Quelques
transposons de type II.
Rétro transposons
(type I)Rétro transposons (type I)
Ce sont des séquences
d'ADN qui contiennent un gène codant pour la reverse transcriptase,
catalysant la synthèse d'un brin d'ADN (ADN complémentaire
ou ADNc) à partir d'un ARN. Il existe de nombreux types
de rétro transposons et leur nomenclature est encore sujette
à débat. Ils se différencient en fonction de
- leur capacité à se transposer.
- la présence de longues répétitions
terminales (LTR).
- leur capacité à former des particules
virales.
Figure 7- 15. Rétrotransposons
Les rétrovirus ont une
structure similaire aux transposons, mais possèdent des
gènes spécifiques comprenant entre autre des gènes codant
pour les protéines de la capside. Le virus HIV comprend
trois protéines (gag, pol, env) flanquées de deux LTR
Les rétro séquences sont des séquences
d'ADN qui sont le produit d'une transcription reverse (ARN

ADNc),
qui sont intégrées au génome, mais qui n'ont plus la capacité
de se transposer. Elles sont reconnaissables car les introns
sont absents, on trouve une séquence de poly-A à l'extrémité
3' (ajoutée après la transcription sur l'ARNm) on trouve
des répétitions directes aux extrémités, laissant supposer
qu'un mécanisme de transposition a été impliqué dans leur
création. Ces rétro séquences sont soit fonctionnelles soit
non- fonctionnelles Ce maintien de la fonctionnalité est
un cas assez rare car la rétrotranscriptase est assez infidèle.
La majeure partie des rétro séquences sont des pseudogènes
Les rétro transposons
représentent 40% du génome humain. Les éléments LINE (long
interspersed element) de l'ordre de 5Kbp peuvent contenir
des phases ouvertes de lecture sans éléments de contrôle
donc non fonctionnels (16% du génome). Les éléments SINE
(Short interspersed element) de 100 à 500bp sont constitués
de séquences Alu dont on ignore le rôle. On en trouve 106
dans le génome humain (11%)
Tableau 7- 16.
Transposons dans le génome humain
Evolution des
génomes
Les transposons (en particulier
les rétro transposons qui se répandent dans les génomes
par copié-collé) sont responsables au moins en partie de
l'augmentation de la taille des génomes (10% pour les eucaryotes
supérieurs).
Chez les bactéries ,
ils permettent la transmission de gènes de résistance.
L'expression de certains
gènes peut être altérée suite à l'intégration d'un transposon
dans un gène ou à proximité (effet délétère de la transposition).
Un gène peut ainsi être transformé en pseudogène, par changement
du cadre de lecture ou altération de la séquence d'acides
aminés. La restauration de la fonctionnalité est possible
à condition qu'il y ait par la suite une excision parfaite
de l'élément transposable, ce qui est rare. Le plus souvent
le transposon s'excise de manière incomplète, conduisant
à l'insertion ou à la délétion de nucléotides. Il peut parfois
y avoir augmentation de l'expression de certains gènes en
aval de l'insertion d'éléments transposables, s'ils contiennent
des séquences régulatrices ou promotrices .
Les éléments transposables
peuvent contribuer à des réarrangements de portions du génome:
- Inversions
- Translocations
- Duplications
Des crossing-over inégaux
peuvent avoir lieu entre régions non-homologues partageant
un même élément transposable. Les séquences Alu sont soupçonnées
d'être impliquées dans l'instabilité de certaines portions
du génome.
Les transposons peuvent
parfois augmenter le taux de mutation dans leur voisinage.
Chez Escherichia coli:
le transposon Tn10 augmente le taux d'insertion de séquences.
Il en est de même avec l'élément P chez la drosophile.
Quelle est la fréquence
des événements de transposition ? On estime le taux de transposition
par élément mobile de

à

par
génération, le taux d'insertion à un endroit particulier
du génome :

à

par
gène et par génération, soit à peu près équivalent au taux
de mutation ponctuelle et le taux d'excision précise de

à

par
gène et par génération, soit environ 1000 fois plus faible
que le taux d'insertion.
Dans ces conditions, le
génome devrait théoriquement être rempli d'éléments mobiles,
mais ce n'est pas le cas. Plusieurs explications sont possibles:
- Sélection: Il semble que les éléments
mobiles peuvent exercer des effets néfastes sur la fonctionnalité
du génome (altération de l'expression des gènes). Il pourrait
ainsi exister un équilibre entre sélection et transposition.
- Augmentation du taux d'excision dans
une région contenant beaucoup de transposons.
- Inhibition de la transposition dans
une région entourant les transposons, entraînant une saturation.
Le mécanisme de ce phénomène hypothétique est encore inconnu.
Il existe également des
transfert de gènes entre espèces. Ce mécanisme est aussi
appelé transfert horizontal. Il est rendu possible par des
éléments transposables pouvant passer d'un organisme à un
autre : tels que rétrovirus, , plasmide. Il semble bien
que des transferts horizontaux de gènes se soient produits
plusieurs fois au cours de l'évolution (élément P entre
différentes espèces de drosophiles ; la leghémoglobine des
légumineuses qui est très proche de la globine de certains
vertébrés et dont l'origine ne peut donc pas remonter à
l'ancêtre commun aux règnes animal et végétal). Il reste
cependant à déterminer l'ampleur de ce phénomène.