Association génotype
phénotype
Nous n'envisagerons que des
affections monogéniques. Le problème peut paraître simple
: l'examen du gène impliqué et son séquençage (après clonage)
doit montrer une différence suivant que l'ADN vient d'un
individu sain ou d'un individu malade. Mais comment s'assurer
qu'il ne s'agit pas d'un simple polymorphisme qui par hasard
est présent chez le malade (en même temps que la mutation
causale, inconnue) alors qu'il prend une autre forme chez
le sujet bien portant ?. Pour trancher cette question il
faut étudier des nombreux individus.
Voyons comment le problème
a été traité pour la pycnodysostose. Cette maladie
se manifeste par une fragilité accrue du squelette. On a
localisé la cause génétique de la maladie dans une région
chromosomique qui contient deux gènes impliqués dans la
formation des os durant le développement embryonnaire :
gènes codant la cathepsine S et la cathepsine K. Ces gènes
ont été étudiés dans une famille où plusieurs membres sont
atteints de pycnodysostose, ainsi que chez des individus
sains non apparentés de la même région. Pour le gène S on
a mis en évidence un polymorphisme au nucléotide 343 (C
ou T qui chez la protéine induit un changement de Arg 115
en Trp). De même pour le gène K un polymorphisme a été découvert
au nucléotide 723 (A et G, le codon 331 est Stop ou Trp).

Tableau 4- 2. Polymorphisme
dans les genes S et K.
On peut remarquer que pour
les deux gènes les maladies ne présentent qu'une forme,
alors que parmi les sujets sains (apparentés ou non ) il
existe une ou deux formes. L'homme est un organisme diploïde
dont le génome comporte deux chromosomes homologues, donc
pour chaque gène un individu porte deux exemplaires. Si
une seule forme est détectée c'est que les deux gènes homologues
ont la même forme (homozygotie), si deux formes sont détectées
c'est que l'un présente une forme et le second l'autre (hétérozygotie).
Dans le cas du gène S ,
en ne regardant que les membres de la famille on pourrait
interpréter les résultats obtenus en faisant l'hypothèse
qu'une seule forme mutée ne suffit pas à exprimer la maladie.
Par contre, si l'on étend les observations aux autres personnes
de la même région non apparentées (la pycnodysostose étant
rare on n'observe alors que des individus sains), on constate
que la forme T n'est pas caractéristique de la maladie.
En conclusion il faut rejeter l'hypothèse qu'une mutation
du gène S soit responsable de la pycnodysostose.
Pour le gène K, les observations
dans la famille sont du même type, seuls les malades portent
uniquement la forme G, les sujets sains sont soit homozygotes
pour la forme A soit hétérozygotes. Mais si l'on examine
la population générale, cette fois la forme G n'est pas
retrouvée et tous les sujets sains non apparentés portent
uniquement A. C'est donc bien le gène K qui est responsable
de l'affection. Les différences que l'on a pu voir dans
le gène S ne sont que le reflet d'un polymorphisme de ce
gène sans intérêt pour la maladie. D'ailleurs on le rencontre
aussi bien dans la famille que dans la population non apparentée
de la région.
On voit par cet exemple
que la coincidence entre la présence d'une forme et d'un
phénotype particulier n'est pas suffisante, car elle peut
n'être que le résultat du hasard. Il faut que statistiquement
la différence soit significative (observation d'individus
suffisamment nombreux et d'origines variées).
Que la mutation ait été
spontanée ou obtenue par mutagenèse (in vivo ou in vitro)
les méthodes pour étudier leurs effets sur le phénotypes
sont les mêmes, et tiennent compte du cycle de vie de l'organisme.