Pour ces marqueurs il faut
distinguer deux étapes.
Tout d'abord l'identification
de certains points qui présentent du polymorphisme (mise
en évidence), à partir d'une banque d'ADN.
Ensuite, pour chaque marqueur
la révélation de son état chez un individu donné (détection)
qui doit être la plus simple possible et présenter des qualités
indiscutables de fiabilité et de reproductibilité (travail
de routine des laboratoires d'analyses).
Les deux étapes ont des objectifs
différents et mettent en jeu des techniques également différentes.
RFLP
Les fragments de restriction
obtenus à partir d'un bout d'ADN dépendent de l'enzyme utilisée
pour les générer ainsi que de la séquence de ce bout d'ADN
puisque l'ER a une spécificité de coupure.
Une mutation pourra, en
modifiant la séquence primaire de l'ADN entraîner une modification
de sa carte de restriction (un site qui disparaît ou au
contraire qui apparaît).
Il est déraisonnable de
chercher à caractériser un génome complet par les fragments
de restriction obtenus puisque même pour un génome relativement
petit (bactérie de l'ordre de 106bp) une ER ayant
un site de 6bp (un site toutes les (1/4)6 bp)
donnera de l'ordre de 250 fragments (106/46)
qui, par électrophorèse en gel d'agarose ne seront pas séparés
et donneront une traînée.
Pour être un repère fiable,
un RFLP doit être identifiable sans aucune ambiguïté, il
ne peut donc se trouver que dans une région non répétée
du génome.
Définition
Pour définir un RFLP on
a besoin
- d'une sonde d'ADN représenté
une seule fois dans le génome (de quelques centaines de
bp) et qui sera marquée (par nick translation au 32P)
- d'une enzyme de restriction
qui possède un site proche de la région unique d'ADN qui
hybride avec la sonde

Figure 3-5.Ce RFLP est
défini par l'enzyme PstI qui présente un polymorphisme de
coupure près de la sonde. Si le site polymorphe existe,
la sonde hybridera avec un fragment de 3kbp, si le site
est absent, la taille du fragment hybridant avec la sonde
sera de4kbp.
Mise en évidence
Pour mettre en évidence
un RFLP on procède en deux étapes:
- recherche dans une banque
génomique de clones qui ne contiennent que de l'ADN unique
(exclusion de tous ceux qui portent de l'ADN répété).
- recherche d'une endonucléase
de restriction qui sur la région contenant l'ADN unique
précédemment isolé produit un polymorphisme de la taille
des fragments générés.( Ce polymorphisme doit être suffisamment
fréquent dans la population pour être utile)
On commence donc par constituer
une banque d'ADN génomique dans un vecteur classique (ici
les vecteurs qui ont une très grande capacité ne sont d'aucune
utilité car leur probabilité de n'avoir que de l'ADN non
répétitif est en raison inverse de leur capacité). On transfère
les clones de cette banque sur une membrane de nylon afin
de pouvoir les hybrider. Puisque l'on veut distinguer les
clones qui contiennent de l'ADN répétitif des autres on
a pensé que les premiers sont ceux qui vont retenir le plus
facilement de l'ADN génomique total, qui est lui aussi riche
en ADN répété. On marque par nick-translation de l'ADN génomique
au 32P (voir Ch2). Cet ADN sert à hybrider l'ADN des clones
fixé à la membrane de nylon. Après lavage on fait une autoradiographie.
Les clones marqués sont ceux que l'on va exclure. L'ADN
inséré dans chacun des autres vecteurs est ensuite sous
cloné, souvent dans un plasmide, plus simple à manipuler.
On dispose alors d'une collection d'inserts d'ADN unique
qui vont servir de sonde pour la seconde étape.
Il faut maintenant reconnaître
si une endonucléase génère des fragments de taille différentes
sur différents exemplaires de la région chromosomique contenant
l'insert repéré à l'étape précédente.
On prélève des leucocytes
sur une vingtaine d'individus sans liens de parenté. Pour
chaque échantillon on extrait l'ADN génomique. Chacun des
vingt ADN va être soumis a diverses digestions par une seule
endonucléase à chaque fois (de l'ordre de 30 enzymes sont
essayées en moyenne). Le résultat de ces digestions complètes
est la fragmentation en un grand nombre de morceaux de tailles
variées puisque tout le génome est représenté. Le produit
de chaque digestion est déposé sur un gel d'agarose et subit
une électrophorèse qui a pour effet de trier les fragments
par ordre décroissant de taille.
La sonde d'ADN unique marquée
au 32Pmise en évidence à l'étape précédente va
servir à reconnaître dans tout le génome le ou les morceaux
qui contiennent cette séquence. On transfère l'ADN du gel
d'agarose sur membrane de nylon (technique du Southern blot).On
hybride la membrane et l'ADN qu'elle porte avec la sonde
marquée radio activement; et on en fait une autoradiographie.
Les résultats observés peuvent être de deux types.
Soit, pour une enzyme donnée
les 20 échantillons donnent la ou les mêmes bandes, ce qui
signifie que, au voisinage de la sonde les 20 génomes sont
découpés par l'endonucléase de la même façon: absence de
polymorphisme.
Soit pour une autre enzyme
parmi les 20 échantillons certaine bandes ont des tailles
différentes selon les individus. Dans ce dernier cas, il
y a bien un polymorphisme de la longueur des fragments de
restriction qui permet de distinguer deux zones homologues
puisque l'une porte un site de coupure là ou l'autre n'en
a pas.

Figure 3-6. Mise en évidence
d'un site RFLP révélé par la sonde X et TaqI
Détection
Figure 3-7. Etapes de la
révélation du RFPL porté par un ADN.
La technique utilisée qui
comporte un southern blot, une hybridation et une autoradiographie
est longue (plusieurs jours) et délicate. C'est une des
raisons qui font que l'on préfère aujourd'hui les microsatellites
comme repères.
Figure 3-8.Répartition de
quelques marqueurs RFLP sur le chromosome humain 22 (un
des plus petit). La nomenclature de ces marqueur comporte
le numéro du chromosome l'indication que le locus est unique
(S) et son n°d'identification
Fréquence
Pour un site de restriction
donné il n'y a que 2 possibilités être ou ne pas être. Deux
formes mutuellement exclusives, on dit deux formes alléliques,
elles occupent le même endroit (ou locus) sur l'ADN humain.
Ces deux formes peuvent avoir la même fréquence soit 50%
chacune ou l'une est plus fréquente que l'autre (tous les
cas de figure sont possibles). Vous verrez par la suite
que ces marqueurs sont particulièrement intéressants pour
distinguer les deux chromosomes d'un individu (diploïde).
On ne pourra faire une telle distinction que si les 2 chromosomes
sont différents. Quelle est donc la probabilité qu'un individu
porte deux formes différentes si l'une a la fréquence p
et l'autre la fréquence (1-p) puisque ce sont les deux seules
possibilités
Figure 3-9. Fréquence d'un
hétérozygote suivant les fréquences des 2 allèles.
Figure 3-10. Variation de
la fréquence des hétérozygotes en fonction des fréquences
alléliques.
On voit que plus chacun
des deux allèles aura une fréquence proche de 50% plus haute
sera la fréquence des hétérozygotes. Donc les RFLP les plus
utiles seront ceux pour lesquels les deux allèles présenteront
les fréquences les plus proches.
Il arrive que plusieurs
sites polymorphes soient très proches , permettant de générer
plus de deux fragments différents

Figure 3-11. Haplotypes multiples
obtenus avec 2 Rflp associés à une seule sonde Y.
On appelle haplotype
l'une des formes possibles pour le génotype d'un complexe
de gènes ( gènes proches les uns des autres). Ce terme est
appliqué aux complexes de gènes plutôt que le terme allèle,
qui fait référence à une des formes possibles pour un gène
isolé.